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La
mutuelle de santé, un outil de protection sociale et de lutte contre
la pauvreté : cas de la mutuelle de santé JAPPOO FAJU de
Thiénaba
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Au Sénégal tout comme dans tous les pays de l'Afrique de l'Ouest, seuls 10 % de la population active du secteur structuré dit privilégié jouissent d'une protection ou d'une sécurité sociale partielle qui couvre seulement les risques suivants : vieillesse et invalidité, décès, accident professionnel et allocation maternelle (maternité). Rien n'est prévu pour les cas de maladie et de perte d'emploi. La situation est plus dramatique pour les travailleurs de l'économie informelle qui ne bénéficient d'aucune forme de sécurité sociale. Ceci est la résultante et la conséquence de la pauvreté qui est perçue comme une mastodonte à plusieurs cornes à attaquer par plusieurs bouts. C'est dans ce contexte qu'est né le programme d'économie sociale promu par Solidarité Mondiale (WSM), l'Alliance Nationale de la Mutualité Chrétienne (ANMC), le Fonds Belge de Survie et d'autres mouvements sociaux belges. Ce programme comporte trois volets à savoir : - Appui aux mutuelles
de santé A travers l'appui de WSM via le Programme d'Appui aux Mutuelles de Santé en Afrique (PROMUSAF) Sénégal, le Groupe de Recherche et d'Appui aux Initiatives Mutualistes (GRAIM), la Coordination des mutuelles de santé de Thiès, de Pikine et d'ailleurs, les actions porteuses d'espoir sont menées et permettent à la femme enceinte d'avoir accès au consultations prénatales, à cet enfant atteint du paludisme de bénéficier des MEG, à ce père de famille hospitalisé de supporter les frais d'hospitalisation. L'appui de ce programme concerne non seulement le processus de mise en place et d'appui à la gestion des mutuelles de santé à travers la sensibilisation à la mutualisation, l'appui à l'élaboration d'étude de faisabilité, la formation des mutualistes, le soutien aux assemblées générales constitutives, l'appui à la gestion et le suivi évaluation mais aussi à la sensibilisation aux VIH/SIDA, paludisme et autres. Lors du séminaire régional d'évaluation à mi-parcours du programme quinquennale 2003-2007 organisé par la Cellule de Coordination Technique Régionale (CCTR) du bureau régional de WSM sis à Cotonou qui a vu la participation des acteurs clefs du programme des sept pays où le programme est mis en place en présence des représentants de WSM Bruxelles, ANMC et FBS, nous avons constaté que ce programme contribue sensiblement à la réduction de pauvreté et touche toutes les dimensions de cette dernière à savoir : dimension sociale et l'équité en matière du genre, dimension humaine, dimension économique et dimension institutionnelle. Nous présentons
ici quelques résultats concrets de la mutuelle " JAPPOO FAJU
" qui signifie en Wolof " s'unir pour se soigner " appuyé
par le PROMUSAF Sénégal dans le village de Thiénaba
à Thiès. Créée en décembre 2000, la mutuelle de santé " Fappoo Faju " a démarré ses prestations en juillet 2001 après sept mois d'observation. Le nombre des adhérents est passé de 194 en 2001 à 274 en septembre 2005 et les bénéficiaires sont passés de 1088 à 1468 pour les mêmes périodes. Les ressources de cette mutuelle sont composées essentiellement des droits d'adhésion qui s'élèvent à 2000 f (environ 3 €) par personne et des cotisations mensuelles dont le montant est fixé à 150 f (environ 0,23 €) par bénéficiaire. Du point de vu structuration et fonctionnement la mutuelle est dotée de quatre (4) organes de gestion à savoir l'Assemblée Générale (AG), le Conseil d'Administration (CA), le Comité de Surveillance (CS) et un Bureau Exécutif (BE). Un gérant a été recruté par le Bureau Exécutif pour assumer la gestion quotidienne de la mutuelle.
La mutuelle a en outre permis aux femmes de contribuer de façon substantielle à la prise en charge des besoins familiaux notamment accès à la santé, aux revenus, et à l'éducation.
Quant à l'hospitalisation,
la mutuelle prend en charge au maximum cinq (5) jours. Au delà
des 5 jours, la mutuelle supporte le coût grâce à la
caution conventionnée mais se fait rembourser par le mutualiste
les mois qui suivent son rétablissement total.
L'effet induit par l'introduction du micro-crédit au sein de la mutuelle de santé est multiple. Cette initiative a contribué non seulement aux paiements quasi réguliers des cotisations mais aussi à l'amélioration du pouvoir d'achat des membres. Elle a permis en outre, l'augmentation du nombre d'adhérents et de bénéficiaires qui a connu un taux de croissance de 36% en deux ans. De ce qui précède nous pouvons affirmer que le micro-crédit assure le développement des activités génératrices de revenu, améliore la capacité contributive des bénéficiaires et renforce les mutuelles de santé.
En outre, un réseau local regroupant 39 mutuelles de santé de la région de Thiès a été mis en place. Ce réseau a pour rôle, la représentation des mutuelles de santé sur le plan régional, la défense des intérêts moraux, le renforcement des capacités des mutuelles de santé et la constitution d'une force de négociation. Il assure la couverture supplémentaire de mutuelles locales : gros risques tels les cas de maladies déférées vers l'hôpital de zone ou national que la mutuelle locale ne peut couvrir elle seule. Cette " réassurance " concoure à une meilleure couverture sanitaire de plus de 72.000 bénéficiaires des mutuelles de santé. En dépit de cet exploit de la mutuelle " Jappoo Faju " de Thiénaba des défis restent toujours à relever. Il s'agit de la faible taille des mutuelles, le faible taux de cotisation, le faible taux de pénétration, l'irrégularité dans le payement des cotisations, la non couverture de tous les risques et la fameuse préoccupation de prise en charge des indigents. En somme l'expérience sénégalaise montre que les mutuelles peuvent constituer une alternative dans l'amélioration de l'accès aux soins de santé. Cependant, à l'étape actuelle la mutuelle de Thiénaba à l'instar de la plupart des mutuelles au Sénégal et en Afrique occidentale à toujours besoin des actions de solidarité des mouvements sociaux du Nord en vue de relever les défis cités ci-haut et de rendre les soins de santé abordables aussi bien pour les pauvres que pour les plus pauvres. Rémi
OLOU, Responsable de Projets WSM/Cotonou Cotonou, le 05 décembre 2005 |
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