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Association Watinooma, Kaya au Burkina Faso

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Au Burkina Faso, les différentes politiques d'ajustement appliquées préalablement et visant à promouvoir les équilibres macro-économiques et la restructuration de l'Etat providence, ont eu pour conséquences le développement sans cesse croissant des activités de survie dans le secteur informel, la féminisation de l'emploi dans ce secteur, le désengagement de l'Etat des secteurs sociaux vitaux pour les couches vulnérables, le chômage, l'augmentation du nombre de femmes chefs de ménages, l'exclusion sociale.
On note cependant l'engagement et la volonté de ces populations à se soustraire de ces problèmes par la mise en place de projets devant générer de revenus pour l'amélioration de leurs conditions de vie.
Cependant, les groupements féminins issus des couches marginalisées sont exclus des systèmes de micro finance du fait qu'ils ne peuvent satisfaire aux conditionnalités d'octroi de crédit : épargne préalable, exigence de garantie.

Par ailleurs, l'environnement socio-économique est caractérisé par l'absence quasi totale d'un système de protection sociale pour les travailleurs du secteur informel, les artisans et les travailleurs de la terre (environ 80% de la population). En dehors de la Caisse Nationale de Retraites et de la Caisse Nationale de Sécurité Sociale qui sont des organismes étatiques assurant aux travailleurs salariés les prestations d'assurance maladie, très peu de structures prennent en charge la protection contre les risques maladie. Cet état de chose est lié au caractère de l'économie nationale caractérisée par une prépondérance du secteur informel.

C'est dans ce contexte qu'a été créée l' Association Watinooma (vient, c'est bon) du secteur 2 à Kaya dans la province du Sanmatenga.

Watinooma est un SFDI qui regroupe 298 femmes, créée en 1994 avec pour objectifs :
- l'appui aux activités génératrices de revenus
- l'amélioration des conditions de vie de la femme

Du point de vue de la structuration et de son fonctionnement, l'Association est dotée de quatre organes à savoir d'une Assemblée Générale, d'un Comité de surveillance, d'un comité de crédit et d'un Bureau exécutif. Une gérante et un comptable (à mi -temps) assurent la gestion quotidienne. Deux animatrices assurent la collecte de l'épargne et le recouvrement crédit. Certains organes sont décentralisés; ainsi au niveau des zones, il existe des Bureaux de zone et comité de crédit de zones.

L'Association accorde des crédits aux membres constitués en groupes de solidarité grâce à l'épargne collectée auprès des membres et une ligne de financement octroyé par le projet DIRS/Crédit. Ces prêts permettent aux femmes de démarrer des activités génératrices de revenus. Les activités portent sur la transformation agro alimentaire (des céréales), l'embouche bovine et les cultures maraîchères.
Le suivi est organisé à deux niveaux : au niveau des responsables de zones qui assurent le suivi d'un groupe de bénéficiaires bien déterminé et le Bureau Exécutif.

Watinooma bénéficie de l'appui de DIRS dans le cadre du programme d'économie sociale WSM/FBS. Ce programme concerne non seulement l'appui à l'organisation et à la structuration, l'octroi de ligne de crédit, l'appui institutionnel, l'appui conseil aux micro projets, amis également l'appui à la mise en place de systèmes de micro assurance santé, l'éducation à la santé et l'alphabétisation.

Nous avons constaté à travers nos différentes visites sur le terrain que les actions développées par cette Association dans le cadre du programme d'économie sociale WSM/FBS touchent les dimensions de la pauvreté à savoir la dimension institutionnelle, la dimension sociale, l'égalité de genre, la dimension économique, la dimension humaine et la dimension environnementale.

La dimension institutionnelle

Watinooma est reconnue et enregistrée comme Association ; elle a élaboré des plans d'action annuels assortis de budget, dispose d'un personnel permanent (4 personnes), de deux comptes bancaires et d'organes de gestion fonctionnels.

L''association dispose d'un siège à Kaya qui permet aux membres de bénéficier d'un certain nombre de services dont les opérations de caisse, dépôt épargne et la tenue des réunions statutaires

La Présidente de l'Association a été décorée de la médaille du mérite (Agrafe action sociale).
Un manuel de procédures de gestion est disponible et utilisé par toutes les membres. L'Association dispose d'outils de gestion qui permet le suivi de chaque membre et renforce ainsi la transparence et la confiance entre les membres.

La dimension sociale

Watinooma a contribué à l'amélioration du statut social de la femme à Kaya. De par leur présence à tous les postes de décision de l'Association, les Responsables ont montré les capacités des femmes à pouvoir gérer elles mêmes des projets communautaires.

L'association développe des activités sociales pour ses membres (assistance des membres lors des événements sociaux), mais également pour les autres membres de la communauté ; cette année, elle a procédé à la distribution des vivres aux enfants orphelins du SIDA. Ces activités sociales en plus du principe de caution solidaire contribuent au renforcement du capital social communautaire.

Réduction des inéquités femme -hommes

L'Association, par l'offre de services financiers (micro crédit, épargne) a permis à des femmes initialement exclues du système bancaires d'avoir accès au crédit et de mener des activités génératrices de revenus ; les activités de crédit- épargne couplées aux activités d'éducation ont contribué à promouvoir l'indépendance économique de la femme dans les ménages où elles participent à la prise de décision. L'Association jouit d'une certaine notoriété dans la localité comme le témoignent les nombreuses demandes d'adhésions.

La dimension économique

Grâce à la politique de crédit (octroi de crédit sans épargne préalable aux groupes de solidarité), les femmes initialement exclues du système classique mènent des activités économiques sui leur permettent de dégager des bénéfices. Ceux-ci sont utilisés pour le remboursement du capital et l'épargne qui est redistribué aux membres.

Témoignage de Mme ZOUNABA Ouédraogo, responsable de Zone, membre de Watinooma depuis 1994
Au début, elle faisait du petit commerce d'eau glacée. Du fait de la faible rentabilité de l'activité, elle a décidé de vendre les produits agricoles : achat, stockage et commercialisation de riz, arachide et mil. Une fois la nouvelle activité identifiée, son principal problème était de trouver des fonds pour financer cette activité. Elle s'est adressée à AWFDS qui lui a octroyé un crédit de 60.000 cfa. Grâce à ce prêt, elle achète le sac de mil à 1000 cfa en décembre et revend à 1500 cfa en mai- juin. Aujourd'hui, Mme Ouedraogo gagne entre 200.000 - 250.000 cfa brut. Cette nouvelle source de revenu l'a aidée à améliorer les conditions de vie de la famille : en plus de l'épargne hebdomadaire de 5000 cfa, elle a pu payer les frais de scolarité des enfants et acheter à manger à la maison. " Mon statut social a changé et mon mari m'encourage même d'aller à la réunion " conclut-elle.

Témoignage de Mme Bellemvire RIHANATA
" Je m'appelle Bellemvire RIHANATA, chef de zone 2 et membre de l'Association depuis 1994. Avant, je ne vendais que des plats de riz dans les écoles le matin. Le crédit que j'ai obtenu de Watinooma m'a permis d'acheter du riz en grande quantité que je revends dans les marchés environnants. Les bénéfices m'ont permis de contribuer à la nutrition et aux frais de scolarité des enfants ; j'arrive en plus à épargner 1000 cfa par mois auprès de Watinooma ".

Bonne qualité de portefeuille de crédit et Capacité de mobilisation des ressources propres.

En 2004, l'Association affiche un taux de remboursement de 100% pour un portefeuille de crédit de 13 millions cfa ; ce bon taux résulte du système de caution solidaire, de suivi rapproché et des appuis techniques aux activités génératrices de revenus.

Les membres de Watinooma ont mobilisé des ressources propres ; cette mobilisation est illustrée par l'évolution du montant de l'épargne propre des membres : 5.129.500 cfa ont été collectés pour l'année 2002 ; 6.684.000 cfa en 2003. Les sessions de sensibilisation sur l'épargne, la visite d'échange à MUFEDE et la confiance des membres suite à la mise en place de fiches de suivi des membres et l'ouverture d'un guichet permanent ont constitué les facteurs de réussite de cette mobilisation.

Les membres de l'association ont mobilisé des ressources financières propres par la collecte de l'épargne libre, les cotisations annuelles des membres, les recettes issues de la vente des produits agricoles et des intérêts générés par les prêts octroyés aux membres.

Ces ressources ont permis le cofinancement (avec le programme WSM/FBS) de la réfection de leur siège en 2002.

Les différentes activités contribuent également à la création d'emplois. Ainsi pour l'activité d'embouche bovine (élevage en stabulation), deux personnes (deux hommes) ont été recrutés à plein temps ; pour les cultures maraîchères, cinq emplois temporaires sont créés pendant les cycles de production.

La dimension humaine

Afin de faire face à l'inaccessibilité financière de ses membres, Watinooma a créé une mutuelle de santé avec l'appui de RAMS et DIRS dans le cadre des actions de synergie entre initiatives mutualistes et initiatives d'économie sociale.

Le nombre d'adhérents est passé de 37 en 2004 à 79 en 2005 et les bénéficiaires sont passés de 98 à 205 (dont 135 femmes) pour les mêmes périodes.

Le taux de cotisation est fixé à 150 cfa par mois (et par tête) avec un paquet de services qui couvre les MEG, les consultations et l'accouchement normal. La mutuelle a signé une convention avec l'hôpital de Kaya ; ce qui a permis à 68 membres de bénéficier de prise en charge en 2004 en plus des activités d'éducation à la santé.

Quelques témoignages

" J'ai en charge quatre enfants (mes deux enfants et deux orphelins). J'ai inscrit tous les quatre à la mutuelle. Quant un enfant tombe malade, la mutuelle le prend en charge ".

" J'ai inscrit toute la famille à la mutuelle de santé. Au cours de l'année dernière, mon petit-fils est tombé malade. C'est la mutuelle qui a payé les frais médicaux ( 75%) alors qu'avant, je devais prélever sur mon capital ".

Concernant le renforcement des capacités humaines, Watinooma a démarré depuis 2003 un programme d'alphabétisation avec l'appui de DIRS et de la Direction Régionale de l'Alphabétisation. C'est ainsi que 120 femmes ont été alphabétisées ; elles savent lire et écrire comment l'illustrent ces quelques témoignages.

" Je n'avais pas été à l'école et avant je ne pouvais pas lire les fiches de collecte de l'épargne. Maintenant, je sais lire les fiches de collecte et compter mon argent ; cela me permet de faire facilement le suivi " Mme ZOUNABA.

" Grâce à l'alphabétisation, je connais les notions sur l'eau potable, je sais comment déclarer la naissance de nouveau né ; je connais les documents officiels avec lesquels il faudra voyager " (chef de zone).

Dimension environnementale
Sur le plan environnemental, grâce à l'embouche bovine (élevage en stabulation), les déjections animales sont utilisées comme fumure organique de fond dans les jardins maraîchers, ceci contribue à maintenir la structure des sols contre la dégradation.

Défis et perspectives

En dépit de ses résultats, l'Association Watinooma a encore de nombreux défis à relever à savoir le portefeuille de crédit qui ne permet pas de satisfaire la demande de ses membres, l'absence de matériel roulant pour les activités de collecte sur le terrain, la prise en charge des charges de fonctionnement de la caisse, la faible taille de la mutuelle de santé et l'irrégularité dans le paiement des cotisations.
Watinooma voudrait se renforcer sur le plan institutionnel en évoluant vers une structure de financement décentralisé formel (caisse villageoise) ; pour cela l'Association bénéficie de l'appui technique de la MUFEDE (opératrice de crédit du programme WSM/FBS) et de AQUADEV.

L'expérience de Watinooma montre que la micro finance peut constituer un moyen de lutte contre la pauvreté pour autant qu'elle est intégrée dans une approche plus globale ; mais cela exige une coopération entre partenaires et des moyens importants.

Ilère NGONGANG

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